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Juste parce qu’on peut le faire – trump, venezuela et guerre commerciale


Nous traduisons ici le texte d’un camarade grec animant le site Alerta Communista afin  d’éclairer le sous-texte des récents événements au Vénézuela. Il nous semble en effet nécessaire de faire un pas de côté vis-à-vis des analyses habituelles que l’on entend à gauche, se contentant de répéter les mêmes mantras à chaque intervention états-unienne. 

Ce texte permet de réinscrire l’intervention états-unienne dans la guerre commerciale en cours avec la Chine et permet d’en comprendre une partie des effets sur la forme internationale du capitalisme. Il souligne par conséquent que si la question de l’accaparement des réserves pétrolières constitue un enjeu réel, le cœur de la dynamique se développant actuellement en Amérique latine est celle de la priorité donnée par les États-Unis — et leur fameuse nouvelle « doctrine Donroe »  — à l’éloignement impératif des intérêts chinois du continent et à l’endiguement de toute tentative d’autonomisation réelle des BRICS. 


Toutefois, nous sommes en désaccord avec plusieurs points du texte qu’il nous semble important de signaler. Nous abondons dans le sens que la situation du prolétariat venezuélien ne devrait pas drastiquement changer dans l’immédiat à moins d’un approfondissement de l’attaque militaire. Cependant, si les tendances actuelles se confirment, nous pouvons considérer que, le prolétariat vénézuélien dépendant massivement d’une économie informelle, les politiques imposées par Washington de modernisation de l’industrie pétrolière et de fin des sanctions pourraient — à moyen terme — avoir un impact significatif  sur les luttes de classe, notamment du fait des perspectives de salarisation importante. Nous laissons libre à chacun l’interprétation politique de cette éventualité. De plus, bien que nous rejoignons la critique de certaines lectures anti-impérialistes qui finalement ne font que choisir le camp d’un impérialisme non-hégémonique contre l’impérialisme états-unien, le choix qui est fait d’opérer une comparaison entre Netanyahou et Maduro, ainsi que la mise en équivalence de la décision sans conséquence de la CPI et de l’intervention étatsunienne, nous semble pour le moins aventureuse. Partant de là, ce texte relève d’une contribution importante sur l’actualité, c’est pourquoi nous le publions.


Pour imprimer, téléchargez le texte en format brochure ici et en format texte là.

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« Cessez de nous citer des lois à nous qui portons des épées ! »

Gnaeus Pompeius Magnus, cité dans Plutarque, Vies parallèles

« Après des années de négligence, les États-Unis réaffirmeront et appliqueront la doctrine Monroe afin de restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental et de protéger notre territoire ainsi que notre accès à des zones géographiques clés dans toute la région. Nous empêcherons les concurrents non hémisphériques de positionner des forces ou d’autres capacités menaçantes, ou de posséder ou contrôler des actifs stratégiquement vitaux dans notre hémisphère. Ce “corollaire Trump” à la doctrine Monroe est une restauration sensée et forte de la puissance et des priorités américaines, conformément aux intérêts sécuritaires des États-Unis. Nos objectifs pour l’hémisphère occidental peuvent se résumer ainsi : “Recruter et s’étendre”. Nous recruterons nos amis de longue date dans l’hémisphère afin de contrôler les migrations, de mettre fin au trafic de drogue et de renforcer la stabilité et la sécurité sur terre et en mer. Nous nous étendrons en cultivant et en renforçant de nouveaux partenariats, tout en renforçant l’attrait de notre propre nation en tant que partenaire économique et sécuritaire de choix dans l’hémisphère. »

Maison Blanche, Stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique, Novembre 2025

3 janvier 1990. Noriega, le dirigeant de facto du Panama, se rend à l’armée états-unienne après l’invasion du Panama par les États-Unis quelques semaines plus tôt. Il est arrêté pour trafic de drogue. L’invasion états-unienne a été baptisée Opération Just Cause, ce qui, ironiquement, ressemble à Just ‘Cause1.

3 janvier 2020. Les États-Unis, pendant le premier mandat de Trump, assassinent le général iranien Soleimani, membre du Corps des gardiens de la révolution islamique, lors d’une frappe de drone

3 janvier 2026. Les États-Unis, pendant le 2ème mandat de Trump… Bon, vous savez déjà ce qui s’est passé, et le schéma et la symbolique de l’événement ont été explicités.

L’arrestation de Maduro pour trafic de drogue a en effet été réalisée “juste parce qu’on peut le faire”. Non pas dans le sens où elle était dénuée de raisons, mais, comme l’a dit le général romain Pompée, dans le sens où ceux qui détiennent le pouvoir militaire ne sont limités par aucune loi, nationale ou internationale2, et n’ont pas besoin de justification légale : ils agissent simplement parce qu’ils le peuvent et ont de très bonnes raisons nationales d’agir ainsi. 

Depuis notre dernier commentaire sur la stratégie états-unienne, la suite des événements leur a été favorable. Lentement, bien sûr, du fait du système mondial des États, engourdi par la bureaucratie ainsi que par le cycle électoral qui provoque souvent des conflits entre stratégies nationales à long terme et objectifs gouvernementaux courts termistes, mais sûrement. De plus en plus d’États commencent à imposer des droits de douane et diverses restrictions et réglementations sur les produits chinois. Un cessez-le-feu officiel a été conclu au Moyen-Orient3, ce qui ouvre peu à peu la voie au développement de la route commerciale IMEC. Les négociations en coulisses entre les États-Unis et la Russie sur la guerre en Ukraine progressent également dans le sens d’un accord et du développement de relations économiques entre les deux pays. Parallèlement, la Chine s’enfonce de plus en plus dans la récession. De même, aux États-Unis, malgré des succès, les premiers nuages d’une récession apparaissent à l’horizon : le cycle de crédit approche de son apogée, et donc du début de sa phase descendante. Les cycles économiques ne peuvent être modifiés par des initiatives politiques, aussi fructueuses soient-elles pour les intérêts de l’État qui les a adoptées.

Toutes ces questions mériteraient une analyse approfondie, mais nous nous limiterons ici à quelques brefs commentaires sur l’affaire vénézuélienne. De la même manière que les déclarations de l’Agence internationale de l’énergie atomique concernant l’enrichissement de l’uranium iranien à plus de 60 % pendant les négociations irano-états-uniennes ont annoncé l’imminence d’une frappe contre l’Iran, l’attribution du prix Nobel de la paix à Machado – membre de l’opposition vénézuélienne – alors même que les États-Unis rassemblaient des troupes dans les Caraïbes, a marqué le début du compte à rebours pour Maduro.

Comme l’administration Trump l’a déclaré plusieurs fois explicitement, toute influence chinoise doit être éliminée du continent américain. Il s’agit là d’une nouvelle résurgence de la doctrine Monroe, selon laquelle les États-Unis ne toléreront pas la présence de puissances étrangères sur le continent américain – une doctrine initialement formulée en 1823 contre les puissances coloniales européennes. Le renouveau de cette doctrine n’est rien d’autre qu’un des aspects de l’actuel endiguement états-unien de la Chine. En effet, le Venezuela avait développé des relations plus étroites avec la Chine que le le Brésil, alors même que ce dernier est un des États fondateurs de la coopération étatique inexistante – sans aucune alliance économique, politique ou militaire substantielle – appelée BRICS. Dans ce contexte, la rupture des relations du Venezuela avec la Chine devait se faire de manière exemplaire.

Tout d’abord, précisons que les accusations de narcotrafic ne sont pas un prétexte. Le commerce de la drogue fournit des revenus au régime de Maduro, mais également à la Chine4. En ce qui concerne les drogues synthétiques (par exemple, le fentanyl), les précurseurs nécessaires à leur fabrication proviennent des industries chimiques et pharmaceutiques chinoises et irriguent les États-Unis via les pays d’Amérique latine. Par conséquent, le fait de cibler le trafic de drogue visait politiquement à la fois Maduro et la Chine elle-même5.

Le deuxième mythe est que la véritable raison de l’intervention au Venezuela serait les profits du pétrole vénézuélien. Au cours des derniers mois, les États-Unis, et même Trump, ont déclaré que Maduro « leur avait tout offert » : l’or, le pétrole, toutes les ressources du Venezuela. Pourtant, les États-Unis ont refusé la proposition. L’objectif central des États-Unis est donc de changer la politique étrangère du Venezuela, de l’éloigner de la Chine. L’exigence de la démission et de l’exil de Maduro est le signe que soit les États-Unis ne lui faisaient pas confiance dans l’optique d’une rupture des liens avec la Chine, soit ils voulaient que son arrestation serve d’exemple aux autres gouvernements latino-américains6.

Pour une raison quelconque, Maduro a refusé de démissionner. Peut-être pensait-il que les États-Unis ne pouvaient pas l’atteindre. Peut-être recevait-il des menaces de mort de la part de la Russie et de la Chine7. Quoi qu’il en soit, le résultat est le même. Maduro a été capturé lors d’une « opération militaire spéciale » états-unienne, les USA ayant directement menacé Cuba, le Mexique et la Colombie lors de la conférence de presse à Mar-a-Lago et lors d’une interview de Trump sur Fox News8, trois pays qui entretiennent des relations très étroites avec la Chine9.

Aussi, les États-Unis sont de loin le plus grand producteur de pétrole au monde, ce qui entre également en contradiction avec la rente pétrolière comme motivation principale. Ce fait est souvent négligé, car ils consomment la quasi-totalité du pétrole qu’ils produisent et n’en exportent qu’une infime partie.

Par ailleurs, le développement des gisements pétroliers du Venezuela (dont la production a commencé à baisser après l’arrivée au pouvoir de Chávez en 1999 et n’a jamais repris) par des sociétés états-uniennes entraînera une nouvelle augmentation de la production. Cela implique une augmentation de l’offre de pétrole et par conséquent une pression à la baisse sur le prix du pétrole, occasionnant une perte de rentabilité par baril de pétrole pour les pétrocapitalistes. En revanche, une énergie à bas prix est bénéfique pour les centres de données qui ne cessent de croître dans le cadre du développement de l’IA. En d’autres termes, ces aménagements vont bien plus profiter au secteur des technologies de pointe qu’à celui de l’industrie du pétrole. Cela dit, le développement des gisements du Venezuela par les compagnies états-uniennes va prendre plusieurs années, ces effets ne seront donc pas immédiats. Ainsi, l’objectif réel des États-Unis n’est même pas de soutenir ses nouvelles technologies.

De plus, le pétrole vénézuélien est de qualité inférieure car il s’agit d’un pétrole brut lourd, c’est-à-dire qu’il a une teneur élevée en soufre et en métaux, et qu’il est donc vendu à un prix bien inférieur à celui du Brent ou du pétrole de schiste, car son processus de raffinage coûte beaucoup plus cher10. C’est un autre indice qui nous montre que l’objectif des États-Unis n’est pas de maximiser les profits des pétrocapitalistes états-uniens grâce au pétrole vénézuélien, mais d’évincer l’influence chinoise d’Amérique latine.

Pour autant, il ne s’agit pas de nier l’importance du pétrole dans cette affaire. L’industrie pétrolière n’est simplement pas à l’origine de toutes les actions des États-Unis, comme le laisse entendre systématiquement la gauche. Pour les États-Unis, l’enjeu n’a presque jamais été l’acquisition de profits pour les pétrocapitalistes, mais le contrôle des flux pétroliers11. Celui qui contrôle les flux pétroliers vers d’autres États contrôle également leur capacité industrielle (et militaire).

Officiellement, le plus grand fournisseur de pétrole de la Chine est l’Arabie saoudite. Cependant, dans sa quête d’énergie bon marché pour soutenir son immense industrie, la Chine est le principal importateur de pétrole de tous les pays faisant l’objet de sanctions internationales (c’est-à-dire principalement “occidentales”), en l’occurrence la Russie, l’Iran et le Venezuela. Ces derniers ne pouvant vendre leur pétrole sur les marchés mondiaux, ils sont obligés d’en vendre la quasi-totalité à la Chine à des prix fortement réduits.

Nous avons mentionné ailleurs que les États-Unis sous Trump tentent de développer leurs relations avec la Russie dans l’espoir d’affaiblir les relations entre cette dernière et la Chine12. Quant au Venezuela et à l’Iran, ce sont deux États qui ont subi des attaques militaires états-uniennes ces derniers mois et qui connaissent actuellement un changement de régime. Si des gouvernements favorables aux États-Unis y sont installés, les sanctions pourraient être levées, ce qui mettrait fin à la vente de leur pétrole à un prix inférieur à celui du marché. La Chine perdrait une source d’énergie bon marché pour son industrie à un moment où elle est déjà en récession. De plus, que les sanctions soient levées ou non, les États-Unis seront en mesure de menacer la Chine de fermer le robinet de l’approvisionnement en pétrole venant du Venezuela et de l’Iran. Dans un tel cas, la Chine se retrouverait avec moins d’options et ses fournisseurs restants pourraient la forcer à acheter un pétrole à un prix supérieur au marché. Il s’agit, en d’autres termes, d’un autre moyen pour les États-Unis d’exercer une pression sur la Chine, d’un autre atout pour les États-Unis dans la guerre commerciale contre la Chine. Trump s’est ainsi voulu rassurant : l’approvisionnement en pétrole vénézuélien se poursuivra, du moins pour le moment, si les acheteurs « se comportent bien »…

La meilleure heuristique pour analyser le second mandat de Trump est que même si quelque chose ne concerne pas la Chine, cela concerne la Chine.

En ce qui concerne le changement de régime, nous ne devons pas tomber dans le piège du discours médiatique. Du point de vue de la politique internationale, le changement de régime n’est ni un changement de système politique ni un changement de personnalités politiques. Un changement de régime signifie un changement de certaines politiques étrangères stratégiques et fondamentales, et rien de plus. Par exemple, en Iran, un changement de régime ne signifie pas nécessairement le retour du Shah ou la création d’une démocratie bourgeoise de type occidental. Il pourrait simplement s’agir de la prise du pouvoir par les « modérés » du régime existant. Du point de vue de la politique internationale, un tel changement de régime entraînerait un changement significatif dans sa politique étrangère, mais le titre que porterait le dirigeant ou les droits accordés aux citoyens n’ont aucune importance.

Il en va de même pour le Venezuela. Pour l’instant, il semble que le changement de régime consiste à laisser Rodriguez, la vice-présidente de Maduro, prendre le pouvoir et gouverner sous la pression et la direction des États-Unis. Pour le mener à bien, il suffit que la nouvelle administration coopère avec les États-Unis et abandonne la Chine. Il n’est donc pas nécessaire que l’opposition vénézuélienne arrive au pouvoir. Cette dernière ne fait que servir la propagande des États-Unis qui la présente comme la preuve de la cruauté de Maduro et comme justification morale de l’intervention. Les États-Unis ont déjà confirmé qu’ils avaient des agents de la CIA au Venezuela depuis des mois et qu’ils avaient un informateur dans l’entourage proche de Maduro, ce qui leur permettait de surveiller chacun de ses mouvements et de connaître ses coordonnées exactes à tout moment. Il n’est pas improbable que l’ensemble de l’opération ait été menée avec la connaissance et la coopération de divers hauts fonctionnaires du régime de Maduro : ils l’ont trahi pour se sauver eux-mêmes ou pour profiter de l’occasion afin d’accéder au sommet du pouvoir étatique. L’opération militaire spéciale états-unienne a été si chirurgicale et sans effusion de sang qu’elle soulève des soupçons quant à la possibilité qu’elle ait été, dans une certaine mesure, mise en scène13

Quant aux réactions de la gauche à l’affaire vénézuélienne, nous avons une fois de plus assisté à un théâtre de l’absurde qui s’est répandu dans les rues devant les ambassades états-uniennes et sur internet. Ceux qui réclamaient auparavant l’arrestation d’un dirigeant étranger (Netanyahu) par un État autre que le sien (Israël) qualifient désormais l’arrestation d’un dirigeant étranger (Maduro) par un État autre que le sien (le Venezuela) d’illégale, d’impérialiste, etc. Ceux qui justifiaient l’invasion russe en Ukraine et reprochaient aux États-Unis d’être responsables de la guerre en raison de l’expansionnisme de l’OTAN dans la sphère d’influence russe, refusent désormais d’accepter que les Etats-Unis parlent d’expansionnisme chinois dans la sphère d’influence états-uniene au sujet du Venezuela Dans les deux cas, pour les gauchistes, l’ironie de la situation semble aussi imperceptible qu’un bombardier furtif états-unien. Encore un grand moment dans l’histoire de la gauche. Et tout cela sans que soit posée la seule question importante : comment l’arrestation de Maduro, son remplacement par sa vice-présidente et le virage atlantiste de la politique étrangère vénézuélienne affectent-ils la vie quotidienne des prolétaires Vénézuéliens ? Si la situation reste inchangée à l’avenir, c’est-à-dire s’il n’y a pas de frappes militaires états-uniennes plus importantes contre le Venezuela, alors absolument rien ne changera pour le prolétariat vénézuélien, ni en bien ni en mal. Alors, à quoi servent les rassemblements « anti-guerre », rassemblements contre une guerre qui n’existe pas dans la réalité mais seulement dans l’esprit des soi-disant « anti-impérialistes » (en réalité, des nationalistes de gauche anti-US) ? En fin de compte, ce sont probablement les gauchistes qui sont les véritables « perroquets stochastiques« , qui se contentent de réagir à des schémas qu’ils reconnaissent sans avoir aucune compréhension du sujet en question…


  1. L’opération au Panama avait été nommée “Just Cause” (littéralement “cause juste”), ce qui ressemble à l’expression “just ’cause”, contraction de “just because” (littéralement “juste parce que”). Moins par souci de cause juste que par simple démonstration de force, l’opération avait en effet été réalisée parce que les Etats-Unis en avaient la force, sans justification nécessaire [NdlTr]. ↩︎
  2. On peut rappeler la référence de Bonefeld à Carl Schmitt concernant la force de la violence législative (Werner Bonefeld, « On the State of Political Economy: Political Form and the Force of Law » dans Bonefeld, Critical Theory and the Critique of Political Economy: On Subversion and Negative Reason, 2014). Dans cette optique, l’acte états-unien était un acte de production/transmutation du droit international, réimposant l’ordre sur la scène internationale, un ordre que les États-Unis eux-mêmes ont façonné depuis la Seconde Guerre mondiale en l’imposant au niveau international par le biais de leur armée et en tant qu’architecte du droit international de la Charte des Nations unies. Les États-Unis, en tant qu’État mondial de facto (c’est-à-dire possédant le monopole mondial de facto de la violence en tant que puissance militaire la plus puissante au monde), jugent de la validité ou non du droit international et produisent le droit international par leurs actions. L’« ordre international fondé sur des règles » était une création des États-Unis servant leurs propres intérêts nationaux. Tant que les États-Unis resteront l’État mondial, ils seront l’hégémon mondial, le souverain qui décide quand le droit international s’applique et quand il doit être suspendu. ↩︎
  3. Le véritable cessez-le-feu n’est pas entre Israël et le Hamas, mais entre Israël et la majorité des États arabes et musulmans de la région. ↩︎
  4. Il semblerait que les accusations de narcotrafic de Trump soient à prendre avec des pincettes. Si en effet une part – mineure par ailleurs, ≈ 25%  – de la cocaïne transite par le Venezuela, ce n’est pas le cas pour le fentanyl, produit au Mexique à partir de produits de base chinois et parfois indiens.
    La Chine joue bien un rôle dans l’épidémie de fentanyl en cours aux Etats-Unis, mais ce n’est pas le cas du Venezuela, voir cet article de Libération [NdlTr].
    ↩︎
  5. Il y a quelques mois, la Chine s’est engagée à prendre des mesures strictes pour limiter le trafic de précurseurs du fentanyl en échange d’une réduction des droits de douane états-uniens sur les produits chinois, voir cet article de Reuters. ↩︎
  6. Il semble que cela porte déjà ses fruits. Gustavo Petro, président colombien et ancien membre du M-19, qui avait pourtant montré les muscles face aux menaces de Trump s’oriente désormais vers la coopération, voire une action conjointe avec les États-Unis contre l’ELN [NdlTr]. ↩︎
  7. Le fait que les dernières propositions états-uniennes consistaient à accorder l’asile à Maduro en Turquie (voir cet article), un pays membre de l’OTAN – et non en Russie pour rencontrer Assad comme le prévoyaient les précédentes propositions états-uniennes – renforce l’hypothèse selon laquelle Maduro aurait reçu des menaces de la part de la Russie et de la Chine pour qu’il ne cède pas à la pression états-unienne visant à lui faire abandonner le pouvoir. ↩︎
  8.  De plus, quelques heures avant l’attaque au Venezuela, Trump a également menacé l’Iran dans un message publié sur les réseaux sociaux d’une intervention militaire s’il continuait à réprimer les manifestations antigouvernementales actuelles. ↩︎
  9.  Malgré les nombreux liens économiques étroits qui unissent le Mexique à la Chine, ce pays a cédé à la pression économique des États-Unis et a imposé il y a quelques jours des droits de douane à la Chine et à d’autres pays asiatiques (voir cet article de Reuters). Outre les pressions exercées par les États-Unis, le Mexique espère reproduire la stratégie de l’administration Trump afin de stimuler sa propre industrie nationale. Avant que la Chine ne devienne l’usine du monde, le Mexique (avec l’ALENA en 1994, qui prévoyait le libre-échange entre le Mexique, les États-Unis et le Canada) était devenu l’usine des États-Unis, les industries états-uniennes s’installant au Mexique en raison des salaires et des taux de change plus bas, un rôle qui a été compromis par la montée en puissance de la Chine. Aujourd’hui, le Mexique tente de rapatrier certaines de ses anciennes industries. ↩︎
  10.  Le pétrole vénézuélien est peut-être de mauvaise qualité, mais le pétrole de mauvaise qualité (brut lourd) est dans certaines circonstances préférable à une version haut de gamme (dans le cas de l’asphalte, du diesel et du kérosène). Ainsi, bien qu’il soit moins cher et que son traitement coûte davantage – ce qui réduit sa rentabilité – il reste très demandé pour ces utilisations. Certaines raffineries états-uniennes, principalement au Texas et en Louisiane, se sont spécialisées dans le traitement de ce type de pétrole. ↩︎
  11.  L’armée états-unienne a d’ailleurs annoncé ce mercredi s’être emparée d’un pétrolier russe en vertu de son blocus sur le pétrole vénézuelien. [NdlTr] ↩︎
  12. Voir « Το Δέρμα Βάφτηκε Πορτοκαλί » et « Tariffonomicon ». ↩︎
  13. Si l’on se met à penser comme les théoriciens du complot, l’opération états-unienne était peut-être complètement fausse, mise en scène en coordination avec Maduro lui-même, un pur acte théâtral. Il vaut mieux pour Maduro passer volontairement quelques années dans une prison états-unienne que a) ne pas coopérer avec les États-Unis et risquer d’être tué au lieu d’être arrêté ou b) coopérer ouvertement avec les États-Unis et être traqué et assassiné par des agents cubains, russes, iraniens, chinois et libanais (Hezbollah).
    NdlTr : notons tout de même que le bilan s’élève à plus de 80 morts civils et militaires, ce qui est loin d’être « sans effusion de sang ». Par ailleurs, il ne nous semble pas politiquement pertinent de discuter du degré d’implication personnelle de Maduro dans l’opération, mais il est important de montrer que Washington peut obtenir l’effet désiré sans liquider l’ensemble du personnel politique en place.  ↩︎